Quelles sont les implications fiscales pour les détenteurs d’un Digital Nomad Visa ?
Si vous passez plus de 183 jours par an civil en Espagne, vous devenez résident fiscal, ce qui signifie que l’impôt sur le revenu espagnol s’applique à l’ensemble de vos revenus mondiaux, selon des taux progressifs pouvant atteindre 47 %. Le régime fiscal Beckham Law constitue une alternative offrant des avantages fiscaux réels aux personnes éligibles.
Devenir résident fiscal en Espagne
Le statut de résident fiscal s’acquiert automatiquement, sans démarche administrative préalable. Passer plus de 183 jours sur le territoire espagnol au cours d’une année civile suffit, indépendamment de votre nationalité.
Cette règle s’applique également si votre principal centre d’activités économiques se situe en Espagne. Comme ce visa exige une installation effective sur place, la plupart des détenteurs deviennent résidents fiscaux dès leur première année complète. Il s’agit du régime par défaut, et tout ce qui suit relève des exceptions que vous choisissez d’adopter.
Fonctionnement réel de la Beckham Law
Le régime spécial pour les travailleurs déplacés, prévu à l’article 93 de la Ley 35/2006, permet aux personnes éligibles d’être imposées selon les règles des non-résidents tout en conservant leur statut de résident. L’avantage principal réside dans un taux d’imposition forfaitaire de 24 % sur les revenus d’emploi jusqu’à 600 000 €, et de 47 % au-delà.
Voici la partie souvent mal expliquée, y compris dans notre propre guide sur les visas espagnols, que nous corrigeons ici.
La Beckham Law ne rend pas votre salaire étranger exonéré d’impôt espagnol. L’article 93.2.a considère que tous les revenus d’emploi perçus pendant la durée du régime sont obtenus sur le territoire espagnol. Votre salaire américain ou britannique est donc soumis à l’impôt espagnol au taux de 24 % dès le premier euro.
Ce que ce régime protège, en revanche, ce sont les revenus étrangers non professionnels. Les dividendes, intérêts, plus-values et loyers issus de biens situés à l’étranger échappent à l’impôt espagnol pendant la durée de validité du régime. Vous êtes également dispensé de l’obligation de déclaration Modelo 720, et l’impôt sur la fortune ne s’applique qu’aux actifs espagnols.
Les avantages fiscaux sont donc bien réels, mais diffèrent de ce que la plupart des guides décrivent.
Qui peut en bénéficier et qui en est exclu
Vous devez avoir été non-résident fiscal en Espagne pendant les cinq années précédant votre installation, et votre venue doit être motivée par une activité éligible.
| Profil |
Accès à la Beckham Law ? |
| Salarié d’une entreprise étrangère, sous ce visa |
Généralement oui |
| Dirigeant d’entreprise, détenant moins de 25 % d’une société holding |
Oui, sous conditions |
| Fondateur d’une entreprise innovante certifiée par l’ENISA |
Oui |
| Professionnel hautement qualifié travaillant pour des startups certifiées ou dans la R&D |
Oui, sous conditions de revenus |
| Autónomo classique, immatriculation standard en tant qu’indépendant |
Non |
Cette dernière ligne représente un piège. La voie de l’autónomo, qui résout souvent le problème de sécurité sociale pour de nombreux Américains, est précisément celle qui exclut le taux d’imposition forfaitaire. Les freelances classiques sont soumis à l’impôt sur le revenu progressif selon l’échelle de l’IRPF, en plus des cotisations sociales d’indépendant.
Il est essentiel de comparer les coûts avant de choisir votre parcours d’immigration.
Le délai strict et non prorogeable
Vous devez opter pour ce régime fiscal en déposant le Modelo 149 dans un délai de six mois suivant votre inscription à la Sécurité sociale espagnole, ou à compter de la documentation vous permettant de conserver votre couverture sociale d’origine.
Ce délai ne court pas à partir de votre arrivée, de la date de votre contrat ou de votre premier jour de travail. La doctrine administrative a tranché en faveur de la date d’inscription. Ce point est crucial pour les freelances, dont l’affiliation au régime des travailleurs indépendants (RETA) peut intervenir plusieurs semaines après leur arrivée.
Le délai est absolu : aucune prorogation, aucune force majeure n’est acceptée. Un Modelo 149 déposé avec un jour de retard est considéré comme non déposé. Une fois le régime choisi, vous devrez déposer annuellement le Modelo 151 au lieu de la déclaration de revenus ordinaire.
La septième année
Le régime s’applique pendant l’année d’arrivée plus cinq années supplémentaires, soit un total de six années fiscales. À partir du 1er janvier de la septième année, vous devenez un résident fiscal ordinaire, avec imposition mondiale, application de l’impôt sur la fortune et obligation de déclaration Modelo 720.
Si ce point est important pour vous, il convient d’en discuter dès la quatrième année.
Si vous êtes citoyen américain
Vous continuez à déposer une déclaration fédérale américaine, quel que soit votre lieu de résidence. L’Exclusion des revenus gagnés à l’étranger et le Crédit d’impôt étranger interagissent de manière complexe avec le taux forfaitaire espagnol. Une erreur de calcul peut entraîner des coûts importants dans les deux sens. Il est conseillé de consulter un expert-comptable américain spécialisé dans les déclarations d’expatriés.