Les documents exacts ont évolué au fil des années, mais le parcours suivi par la plupart des personnes était reconnaissable de bout en bout.
1. Entrer légalement au Portugal
De nombreux demandeurs arrivaient d’abord en tant que visiteurs, soit sans visa, soit avec un visa de court séjour selon leur nationalité. C’est ainsi que l’expression « venir en tant que touriste et régulariser plus tard » est née.
Cela ne doit pas être interprété comme « tout touriste devenait automatiquement résident ». Le demandeur devait toujours remplir les conditions requises et constituer une base réelle pour sa résidence. Ce que la loi supprimait, c’était l’obligation d’organiser l’ensemble des démarches auprès d’un consulat avant son arrivée.
À la fin de l’année 2023, les personnes sur les forums d’immigration planifiaient ouvertement leur installation autour de cette procédure, considérant le voyage au Portugal comme la première étape d’un déménagement plutôt que comme des vacances.
2. S’inscrire à la fiscalité et à la Sécurité sociale
Une fois au Portugal, la plupart des personnes mettaient en place les bases nécessaires pour travailler : un NIF (numéro fiscal) et un NISS (numéro de Sécurité sociale), ainsi que leur inscription fiscale.
Ces démarches précédaient souvent l’emploi qui devait finalement justifier la demande. Les personnes arrivaient, réglaient les formalités administratives, puis intégraient le marché du travail.
3. Trouver un emploi ou lancer une activité
Venaient ensuite les éléments justifiant la résidence. Pour un salarié, cela signifiait trouver un employeur et les documents d’emploi appropriés. Pour un travailleur indépendant, cela impliquait d’ouvrir une activité et de commencer à fournir des services.
C’est là la différence majeure avec un visa de travail classique : la recherche d’emploi se faisait après l’arrivée. Cette flexibilité réduisait considérablement les obstacles pour toute personne ayant des difficultés à se faire embaucher par un employeur portugais tout en vivant encore à l’étranger.
Cette souplesse avait aussi ses limites. Certaines personnes arrivaient avec l’espoir de trouver un emploi qui ne se concrétisait pas, et les fils de discussion de l’époque regorgent d’avertissements : vivre sans titre de séjour rendait la location d’un logement, l’ouverture d’un compte bancaire et les démarches administratives quotidiennes plus difficiles en attendant.
4. Constituer un historique de cotisations
La Sécurité sociale jouait un rôle clé à cette étape. Un historique de cotisations était parfois requis, et les règles transitoires ultérieures protégeaient spécifiquement les personnes déjà inscrites et cotisantes avant la date limite de juin 2024.
C’est pourquoi les discussions plus anciennes évoquent si souvent les « descontos », c’est-à-dire les cotisations de Sécurité sociale. Pour de nombreux demandeurs, le Portugal prélevait déjà des cotisations sur leur salaire alors que leur statut attendait encore de se transformer en titre de séjour.
5. Déposer la Manifestation d’intérêt en ligne
Une fois les éléments en place, le demandeur déposait la « Manifestação de Interesse » en ligne, accompagné des documents justificatifs.
Les fils de discussion plus anciens mentionnent SAPA, acronyme de « Sistema Automático de Pré-Agendamento ». Il s’agissait de la plateforme en ligne utilisée pour enregistrer et soumettre la Manifestation d’intérêt, télécharger les documents, suivre l’avancement du dossier et recevoir les notifications.
Pour beaucoup de personnes, « déposer sur SAPA » représentait une étape importante. Pourtant, il ne s’agissait que du début du processus.
Le dépôt sur SAPA ne délivrait pas de titre de séjour. Le dossier devait encore être examiné, le demandeur être convoqué ou autorisé à prendre rendez-vous en personne, ses documents vérifiés, ses données biométriques enregistrées, et une décision rendue avant qu’un titre ne soit délivré.
Début 2024, les membres des groupes d’expatriés le soulignaient sans détour : une personne cherchant à déterminer quelle procédure s’appliquait se voyait répondre que si elle parlait de la Manifestation d’intérêt, elle devait s’attendre à une attente mesurée en années. Il s’agissait d’un raccourci utilisé par la communauté, et non d’un délai officiel, mais cela reflétait bien à quel point l’attente prolongée était devenue la norme.
6. Attendre le traitement du dossier par le SEF ou l’AIMA
C’est à cette étape que la théorie et la pratique divergeaient. La loi créait une voie vers la résidence, mais pas une administration capable de traiter rapidement un nombre illimité de demandes.
Les personnes passaient donc des mois, parfois des années, dans l’entre-deux entre leur installation au Portugal et la possession d’un titre de séjour portugais. Le passage du SEF à l’AIMA fin 2023 a ajouté une incertitude supplémentaire, et les demandeurs dont les dossiers étaient en cours ont vécu cette période dans l’inconnu quant à l’avenir de leurs demandes.
7. Se présenter à l’entretien et obtenir la résidence
Finalement, lorsque le dossier avançait, le demandeur complétait l’étape formelle de résidence, et l’écart entre « J’ai une Manifestation d’intérêt » et « J’ai la résidence » se refermait enfin. Pour certains, cet écart avait duré des années.